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Helene-Sarah Becotte

Est-ce que ça existe, du profit non cupide?


Dans les derniers mois, je réévalue beaucoup ma définition d'entrepreneuriat, de performance, de rentabilité.

Bon en fait, si tu me suis depuis un moment, tu sais que je suis animée d'une certaine volonté d'impact social, de redonner, d'être utile. J'ai quand même créé une bibliothèque de ressources gratuites parce qu'à mes yeux, être en mesure de comprendre et utiliser les chiffres c'est un droit et pas un privilège. Et que si j'ai la chance d'avoir la capacité de bien vulgariser le strict minimum c'est d'utiliser cette compétence pour aider les autres.

Mais dans les 2 dernières années, mon rôle principal c'est co-fondatrice d'une entreprise technologique (Jay Photonics). On navigue dans un milieu très axé sur la croissance (hypercroissance je dirais), sur le ROI. On se fait courtiser par le capital de risque (investisseurs), on a plusieurs partenaires gouvernementaux qui nous soutiennent via des subventions.

Dans ce milieu-là, tout est dirigé vers la "création de valeur". On nous encourage à créer les plus grosses entreprises possibles, le plus vite possible, qui valent le plus cher possible. C'est ça la "création de valeur". Je le mets entre guillemets parce que je me demande souvent pour qui vraiment la valeur est créée dans ce contexte.

On crée des emplois certe. Donc de la valeur pour les futurs employés j'imagine.

On crée de la valeur pour le gouvernement un peu, si les emplois restent ici et que l'entreprise paie des impôts ici. Mais comme les crédits d'impôts sont énormes, en réalité le gouvernement en redonne beaucoup à ces entreprises après.

On crée beaucoup de valeur pour les investisseurs (si on en a).

Et si on est chanceux, on se crée de la valeur pour nous en tant que fondateurs (si on est chanceux, mais on est toujours payés après les investisseurs et dans plus de 50% des cas, il ne reste rien pour ceux qui ont bâti l'entreprise).

Même si on voit apparaître ici et là l'acronyme ESG*, j'ai de la misère à voir en quoi ce modèle-là d'entrepreneuriat sert vraiment nos sociétés.

Au fond, quand on parle de "création de valeur", ça me semble faire principalement référence aux sous qui s'accumuleront dans les poches de quelques personnes ou organisations tierces. Alors que si on parle de création de valeur, cette valeur devrait être destinée à tous, incluant la société et l'environnement non?

J'avoue avoir de la misère à accrocher sur le concept. It's not enough à mes yeux de juste créer de l'argent pour vouloir plus d'argent.

Ce qui m'a amené à cette conclusion: j’aimerais ça qu’il existe un meilleur mot que rentabilité.

Un mot à l’abri de la cupidité.

J’aimerais qu’il existe un meilleur mot que rentabilité, un mot qui parle quand même de faire fonctionner une organisation en maximisant la valeur créée en utilisant un ensemble de ressources mais conditionnellement à ce que ces ressources-là soient utilisées dans une notion de respect.

(merci de noter qu'à partir d'ici, si j'utilise l'expression "création de valeur", ça concerne plus que juste l'argent redristribué à un groupe restreint de personnes)

Donc dans un cadre où les ressources matérielles sont utilisées à une fréquence respectueuse de la dégradation des matières, par exemple, ou de la régénération des matériaux.

Dans un contexte où les ressources humaines sont non seulement rémunérées aux valeurs du marché (en fait disons, rémunérées à un tarif respectueux, parce que les valeurs du marché ne sont pas toujours respectueuses), mais qu’elles évoluent dans un contexte général qui ne leur extraie pas tout leur être en échange d’argent.

Plutôt dans un environnement qui leur redonne aussi - et plus que juste de leur argent.

Sans les exploiter, sans les brûler, sans les vider.

Tout ça, ça peut être cohérent avec le concept de rentabilité!

Mais trop souvent, on associe la rentabilité à tout faire pour maximiser le profit uniquement.

Il y a la notion purement économique qui prend le dessus dans la rentabilité, alors que la rentabilité d’un point de vue holistique, c’est beaucoup plus large que ça.

C’est l’idée que le tout vaut plus que la somme de ses parties.

C’est la création de valeur en utilisant un ensemble de ressources, qui sont utilisées de façon pérenne dans le but d’avoir un impact global qui est supérieur à l’utilisation, si on veut.

Une notion qui voit la rentabilité sous tous ses angles.

Pas juste en voulant maximiser le profit. Mais en maximisant aussi l’impact, le bonheur, l'équité.

Je rêve d’un mot fort.

Pas juste d’un dérivé de rentabilité, pas une expression combinant rentabilité et un adjectif (comme rentabilité durable ou rentabilité holistique).

Un mot porteur et explicite, qui ne laisse aucun doute sur de quoi on parle.

Et ce mot-là, je ne le trouve pas.

À défaut de savoir nommer clairement cette idée que la rentabilité à mes yeux est plurifacettes, je peux encore prendre le temps de la définir.

Et d’espérer convaincre, passer le message ou formuler une autre manière de penser la façon dont nos organisations fonctionnent, et ce que nous cherchons réellement à optimiser.

Je crois vraiment profondément que la recherche d'impact est essentielle, même et surtout pour une entreprise à but lucratif. Que ça ne devrait pas être la seule responsabilité du communautaire ni du gouvernement, ni des OBNL.

Et que la recherche d'impact passe par l'utilisation de la rentabilité, sans que la rentabilité soit axée sur la création de profit uniquement.

Pour terminer, je me permets de te partager un nouveau podcast qui se penche justement sur comment penser l'entreprise autrement, de manière responsable. C'est créé et animé par Catherine Plasse-Ferland, une personne que j'apprécie énormément (donc je suis un peu biaisée hein), et tu peux l'écouter sur Spotify, Apple Podcasts, et d'autres plateformes accessibles par ici.

Sur ce, je te souhaite une excellente journée,

Helene-Sarah

Fondatrice, Calcule ça

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*ESG : C'est pour parler des facteurs «environnementaux, sociaux et de gouvernance» en entreprise. L'acronyme fait référence à l'ensemble des pratiques et mesures pour évaluer la valeur de l'entreprise au-delà de sa performance financière. (source)

Helene-Sarah Becotte

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